Temps d'écran
Son influence sur la persévérance scolaire et la réussite éducative
Les écrans occupent aujourd’hui une place importante dans la vie des jeunes. Ils offrent plusieurs bénéfices, notamment en facilitant la communication à distance, l’accès à l’information, l’apprentissage et l’appartenance à des réseaux sociaux ou d’entraide.
Toutefois, l’intensité, le contexte et le moment d’utilisation influencent fortement les effets du temps d’écran sur le développement, la santé et la réussite éducative.
En plus de changer les habitudes de vie des enfants et des adolescentes et adolescents, l’exposition aux écrans influence (1) le développement :
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Cognitif;
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Socioaffectif;
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Langagier;
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Physique;
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Neurologique.
Ces impacts varient selon l’âge, la durée d’exposition, le type de contenu et le contexte d’utilisation (éducatif, récréatif, social).
Chez les tout-petits : des effets cumulatifs
Chez les tout-petits, une exposition élevée aux écrans est associée à plusieurs enjeux développementaux (2), notamment :
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Un moins bon contrôle des émotions et des comportements, incluant des comportements agressifs;
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Des habiletés sociales plus faibles, liées à un manque d’interactions directes;
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Une estime de soi moins élevée;
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Des capacités cognitives plus faibles, particulièrement en lien avec le langage, l’apprentissage de la lecture et des mathématiques, ainsi que la mémoire à court terme;
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Une motricité moins développée à l’entrée à l’école, en raison d’un temps réduit consacré au jeu actif et aux activités manuelles;
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Des difficultés d’attention;
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Des problèmes de sommeil;
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Divers problèmes de santé.
Une étude internationale récente (3) menée par une chercheuse de l’Université de Sherbrooke montre que l’utilisation de la tablette à l’âge de 3 ans et demi est associée à davantage de manifestations de colère et de frustration à 4 ans et demi, lesquelles sont ensuite liées à une augmentation de l’utilisation de la tablette à 5 ans et demi, suggérant un effet cumulatif dans le temps.
Utilisation de la tablette à 3 ans et demi
Plus de manifestations de colère à 4 ans et demi
Plus d'utilisation de la tablette à 5 ans et demi
Adolescence : influence du temps d’écran sur la santé mentale et la réussite
Temps passé par jour devant un écran pour les communications et les loisirs selon le genre, secondaire, Montérégie, 2022-2023

Selon les données de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (EQSJS), en 2022-2023, environ
26,1 % des élèves utilisent les écrans 4 heures ou plus par jour à des fins récréatives ou sociales. Cette proportion est plus élevée chez les filles (28,7 %) que chez les garçons (23,6 %), indiquant qu’en proportion, les filles sont davantage exposées à un temps d’écran élevé dans le cadre de communications et de loisirs numériques.
Le risque élevé de décrochage varie nettement selon le temps passé devant un écran pour les loisirs et les communications. Parmi les élèves passant 4 heures ou plus devant un écran, 26,3 % sont à risque élevé de décrochage (30,8 % des garçons et 22,4 % des filles). Le temps d’écran prolongé est donc associé à une hausse marquée du risque de décrochage, surtout chez les garçons.
Prévalence de certaines caractéristiques selon le temps passé par jour devant un écran pour les communications et les loisirs, secondaire, Montérégie, 2022-2023

Qui plus est, toujours selon les données de l’EQSJS, les élèves du secondaire qui passent 4 heures ou plus par jour devant un écran pour les communications et les loisirs présentent des proportions nettement plus élevées :
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D’estime de soi faible ou moyenne (92,9 % c. 87,6 %);
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D’insatisfaction face à leur apparence (65,3 % c. 53,6 %);
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De santé mentale modérée ou languissante (74,5 % c. 59,6 %);
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De détresse psychologique élevée (54,5 % c. 37,8 %).
Des travaux récents (4) indiquent qu’une utilisation élevée des écrans à des fins récréatives est associée à un niveau plus faible de motivation et d’engagement scolaires, particulièrement lorsque le temps d’écran tend à se substituer à des activités reconnues comme protectrices, par exemple le sommeil, l’activité physique ou les interactions sociales en présence.

Temps d’écran, habitudes de vie et apprentissages
De manière générale, un temps d’écran élevé est associé à (5) :
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Une condition physique plus faible;
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Une estime de soi moins élevée;
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Des comportements prosociaux plus fragiles.
À l’inverse, les jeunes consacrant davantage de temps à la lecture et aux devoirs présentent généralement un meilleur rendement scolaire.
En milieu scolaire, la distraction numérique peut nuire à la compréhension et à l’apprentissage, en rendant difficile pour le cerveau le traitement simultané de plusieurs tâches (6). Cette surcharge cognitive peut affecter l’attention, la mémorisation et la qualité des apprentissages.
Réseaux sociaux : entre bénéfices et vulnérabilités
Bien qu’ils puissent favoriser la socialisation et l’expression, les réseaux sociaux peuvent aussi avoir des effets négatifs sur la santé mentale et le bien-être des jeunes (7).
Les jeunes de 16 à 24 ans utilisant plusieurs réseaux sociaux pendant 2 heures ou plus par jour semblent particulièrement à risque.
Les risques associés incluent notamment :
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Des difficultés à maintenir des relations hors ligne;
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Une insatisfaction corporelle;
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L’intimidation;
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L’anxiété;
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Un sentiment de solitude;
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Des symptômes dépressifs.
Ce qu'il faut retenir
Le temps d’écran n’est pas en soi négatif, mais son intensité, son contexte et son moment d’utilisation influencent fortement ses effets sur le développement et la réussite éducative. Une exposition excessive est associée à des enjeux de santé mentale, de sommeil, d’estime de soi et de persévérance scolaire.
Les données récentes suggèrent que l’effet cumulatif du temps d’écran excessif sur le sommeil, la motivation et l’attention peut fragiliser le parcours scolaire à moyen terme, en particulier chez les adolescentes et adolescents déjà exposés à d’autres facteurs de vulnérabilité.
Promouvoir un usage équilibré des écrans, adapté à l’âge et encadré dans les milieux de vie, représente ainsi une piste d’intervention concrète et modifiable.
Sources
1. Observatoire des tout-petits. (2024). Les écrans et les tout-petits. Montréal, QC : Fondation Lucie et André Chagnon.
2. Naître et grandir. (2019). Les écrans et les enfants.
3. Fitzpatrick, C., et al. (2024). Early-Childhood Tablet Use and Outbursts of Anger. JAMA Pediatrics, 178(10), 1035–1040.
4. OECD. (2025). How’s life for children in the digital age? OECD Publishing.
5. Carson, V., Hunter, S., Kuzik, N., Gray, C. E., Poitras, V. J., Chaput, J.-P., et al. (2016). Systematic review of sedentary behaviour and health indicators in school-aged children and youth: an update. Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism, 41(6 Suppl. 3), S240–S265.
6. Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). (2024). Effets des écrans sur la santé.
7. Glazzard, J., & Stones, S. (2019). Social media and young people’s Mental Health. In Selected Topics in Child and Adolescent Mental Health.
8. Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). (2023). Un modèle logique pour comprendre les usages des écrans et leurs effets sur la santé des populations. Québec, QC : INSPQ.