Estime de soi et compétences personnelles
Leurs influences sur la persévérance scolaire et la réussite éducative
L’estime de soi et les compétences personnelles constituent des déterminants clés du bien-être, de l’engagement scolaire et de la persévérance. Elles influencent la façon dont les jeunes perçoivent leurs capacités, font face aux défis et s’engagent dans leurs apprentissages.
Estime de soi
L’estime de soi : un socle pour apprendre et persévérer
L’estime de soi renvoie à la perception qu’a une personne de sa propre valeur. En contexte scolaire, elle agit en interaction avec le bien-être scolaire et la motivation, pour nourrir le sentiment de compétence de l’élève, un facteur central de la réussite éducative (1).
L’estime de soi et le sentiment de compétence sont nécessaires afin qu’un élève puisse prendre des risques dans son apprentissage et rebondir sur ses pieds après un échec ou un moment difficile. Un faible niveau d’estime de soi ou de confiance peut amener l’élève à douter de sa capacité à réussir, le laissant hésitant à s’engager dans ses apprentissages ou à prendre des risques qui seraient bénéfiques à son avancement académique (2).
Le sentiment de compétence influence directement la manière dont un élève :
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Affronte les défis scolaires;
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Interprète ses réussites et ses difficultés;
-
Persévère face aux obstacles.
Une estime de soi multidimensionnelle, un facteur de protection
Développer une estime de soi dans plusieurs sphères de la vie (scolaire, sociale, personnelle, sportive, etc.) permet aux jeunes de se construire différentes « conceptions de soi de réussite ». Cette diversité constitue un levier important pour la motivation, le sentiment d’efficacité personnelle, la capacité d’adaptation et, ultimement, la persévérance scolaire (3).
Niveau FAIBLE OU MOYEN d’estime de soi, secondaire, Montérégie, 2010-2011, 2016-2017 et 2022-2023

L'évolution de 2010-2011 à 2022-2023
En Montérégie, le niveau faible ou moyen d’estime de soi affiche une hausse importante, passant de 81,8 % à 89,2 % entre 2010-2011 et 2022-2023 (+7,4 points).
Cette augmentation est particulièrement préoccupante chez les filles, dont la proportion grimpe de 64,2 % à 92,9 % (+28,7 points), alors que celle des garçons augmente plus modérément (70,0 % → 85,7 %, +15,9 points).
L’ampleur de cette hausse laisse entrevoir une fragilisation importante du sentiment d’estime personnelle, surtout chez les filles.
Risques de décrochage – 2022-2023
Chez les jeunes ayant une estime de soi faible ou moyenne, 19,7 % sont à risque élevé de décrocher (données par genre non disponibles). Ce pourcentage s’applique à une proportion élevée de jeunes ayant un niveau faible ou moyen d’estime de soi, touchant près de 9 jeunes sur 10, dont 92,9 % des filles.
Ce niveau de prévalence rend l’enjeu hautement préoccupant.
Une relation bidirectionnelle avec la réussite scolaire
Les difficultés scolaires répétées peuvent fragiliser l’estime de soi des jeunes, alimentant un sentiment d’incompétence, de découragement ou de paralysie face aux apprentissages. Dans ce contexte, persévérer à l’école devient particulièrement difficile.
Difficultés scolaires
Sentiment d'incompétence
Estime de soi fragilisée
Risque accru de décrochage
À l’inverse, des jeunes qui développent une estime de soi positive, soutenue par différentes visions de la réussite, auront davantage confiance en leurs capacités et en leur potentiel de réussite.
Réussites
Confiance en ses capacités
Estime de soi renforcée
Risque moindre de décrochage
Compétences personnelles et sociales
Les compétences personnelles et sociales regroupent les forces internes d’une personne : sa capacité de résilience, ses qualités, ses habiletés, ses attitudes, ses croyances et ses valeurs.
Une fois développées, ces compétences aident les jeunes à faire face à diverses situations :
Défis sociaux
Influences sociales, violence et intimidation, maladie, deuil, etc.
Choix liés aux habitudes de vie
Faire de l’activité physique, adopter de saines habitudes alimentaires, prendre de bonnes habitudes de sommeil, etc.
Transitions importantes ou changements stressants
Transitions scolaires, puberté, passage de l’école vers le marché du travail.

Des effets démontrés sur la réussite
L’acquisition de compétences sociales et émotionnelles vise notamment à améliorer (4) :
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L’attitude envers soi-même (estime de soi);
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Les relations avec les autres (relations interpersonnelles et démonstration de violence);
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Le rapport à l’école et aux adultes significatifs (notamment le personnel enseignant).
Intégration dans les parcours scolaires
Des méta-analyses (4, 5) montrent que l’intégration de ces compétences dans les programmes scolaires entraîne, à moyen et long terme, des effets positifs sur :
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L’autocontrôle;
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Le sentiment d’autoefficacité;
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La résolution de problèmes;
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Les compétences cognitives;
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Les relations interpersonnelles;
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La détresse psychologique;
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Les comportements agressifs et les conduites à risque;
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L'absentéisme et l’engagement scolaire;
-
La réussite académique et la persévérance scolaire.
Ces effets sont renforcés lorsque les compétences sont cohérentes et soutenues dans l’ensemble des milieux de vie des jeunes : école, famille et communauté.
L’ensemble des centres de services scolaires, en accord avec le référent ÉKIP du gouvernement du Québec, a maintenant comme responsabilité d’enseigner certaines compétences personnelles et sociales aux jeunes, et ce, du préscolaire jusqu’à la 5e année du secondaire.
Les sept compétences identifiées sont :
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Adoption de comportements prosociaux;
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Connaissance de soi;
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Demande d’aide;
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Engagement social;
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Exercice de choix éclairés en matière d’habitudes de vie;
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Gestion des émotions et du stress;
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Gestion des influences sociales.

En plus de l’estime de soi, l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (EQSJS) évalue quatre compétences personnelles et sociales :
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Autocontrôle : capacité à maîtriser ses comportements et impulsions pour atteindre un objectif ou respecter une règle (6);
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Efficacité personnelle : confiance en sa capacité à réaliser une tâche, relever un défi ou s’adapter à un changement (7). Un niveau élevé favorise la motivation, l’action et la croyance en sa capacité d’agir;
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Compétences relationnelles : capacité à établir et maintenir des interactions sociales positives (8);
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Résolution de problèmes : capacité à analyser une situation, générer des solutions, prendre une décision et la mettre en œuvre en mobilisant des ressources internes et externes (9).
Ce qu'il faut retenir
L’estime de soi et les compétences personnelles et sociales constituent des fondations essentielles de la réussite éducative. Elles influencent la motivation, l’engagement, la capacité à surmonter les difficultés et la persévérance scolaire.
En soutenant le développement de ces compétences — dès la petite enfance et dans tous les milieux de vie — il est possible de renforcer le pouvoir d’agir des jeunes et de favoriser leur plein potentiel, sur le plan scolaire comme personnel.
Sources
1. Boily, E., & Baron, M.-P. (2025). L’enseignant au cœur du sentiment de compétence de l’élève. Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ).
2. American Psychological Association. (s. d.). Students experiencing low self-esteem or low perceptions of competence.
3. Réunir Réussir. (2013). Pour agir efficacement sur les déterminants de la persévérance scolaire et de la réussite éducative – Fiches pratiques.
4. CASEL, et al. (2017). Promoting positive youth development through school-based social and emotional learning interventions: A meta-analysis of follow-up effects. Child Development, 88(4), 1156–1171.
5. Catalano, R. F., et al. (2002). Positive youth development in the United States. The Annals of the American Academy of Political and Social Science.
6. Tangney, J. P., Baumeister, R. F., & Boone, A. L. (2004). High self-control predicts good adjustment, less pathology, better grades, and interpersonal success. Journal of Personality, 72(2), 271–324.
7. Austin, G., Bates, S., & Duerr, M. (2010). Guidebook to the California Health Kids Survey. California Health Kids Survey.
8. Gresham, F. M., Sugai, G., & Horner, R. H. (2001). Interpreting outcomes of social skills training. Exceptional Children, 67(3), 331–344.
9. Aubin, J., et al. (2002). Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois 1999. Institut de la statistique du Québec.